Genuino Clandestino en Sardaigne

Après 6 mois sans réel voyage (le dernier remontant à Octobre 2015 vers l’Espagne), pour bien accompagner la naissance de ma fille Liberté, j’ai rejoint la Sardaigne dans le cadre de la journée mondiale des luttes paysannes, le 17 avril. Comme à mon habitude, je suis parti en stop, ce qui m’a permis une fois de plus de faire plein de belles rencontres.

Première nuit, merci les missionnaires de l’Amour de Jésus! (Frère Raphaël à gauche, Père Dominique à droite)
Merci Ciprian, premier routier abordé et bingo!
En route vers la Corse!
Paysage corse
En route vers la Sardaigne
Merci Alessio!

Parti le lundi 11 avril vers midi de Villers-la-Ville, je prenais le bateau à Toulon le jeudi matin vers Ajaccio (Corse), puis un autre bateau le lendemain matin entre Bonifacio et Santa Teresa Gallura (Sardaigne). Après une belle journée de stop, je suis arrivé le vendredi soir à Settimo San Pietro, village situé au Nord-Est de Cagliari, dans le Sud de l’île. J’y ai rejoint mon ami Gabi, coordinateur de Parckfarm, pour assister à la rencontre nationale du mouvement italien Genuino Clandestino.

C’est un mouvement de résistance paysan pour l’auto-détermination alimentaire et le libre-travail du producteur, dont les principes sont fort proches de la Chose. Il s’appelle « Genuino » parce que les produits sont frais, locaux, issus d’exploitations à taille humaine, écologiques, parce que du champ à l’étal il n’y a que des personnes qui en prennent soin, de leurs propres mains. Il est dit « Clandestino » parce qu’en Italie, tout produit alimentaire transformé doit normalement être élaboré dans des conditions de laboratoire, avec des dimensions et caractéristiques de stabilité fixés par l’industrie agro-alimentaire et la grande distribution, ce que le mouvement refuse. Site internet ici, un très bon livre ici et un docu ici

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Le vendredi soir, j’ai pu voir des images d’un documentaire sur Lampedusa, de mon ami sarde Lorenzo Sibiriu, réalisateur. eMMMMe, c’est pour Méditerranée, Migrations, Militarisation, Mémoire. On y voit comment un collectif a constitué un musée avec les objets récupérés des bateaux des migrants échoués sur l’île. La discussion qui en suivra parlera de la militarisation de la Sardaigne, de nombreuses zones côtières abritant des bases militaires. Lorenzo a aussi réalisé, aux côtés de Giacomo Orsini, un beau documentaire sur la situation dramatique des petits pêcheurs en Méditerrannée, ou comment l’Europe détruit ce type de pêche artisanale.

Le samedi, j’ai pu assister à l’assemblée générale du mouvement, après des ateliers où ma méconnaissance de l’italien m’a sérieusement handicapé.

Assemblée générale du mouvement
Atelier « Comment dépasser le leadership? »

Le dimanche, jour mondial des luttes paysannes, un marché était organisé. J’y ai notamment découvert la Mondeggi Bene Comune – Fattoria senza padroni (le Bien Commun Mondeggi – Ferme sans patron): un super projet sur 200 ha, dans la commune de Bagno a Ripoli, non loin de Florence. Depuis deux ans, une vingtaine de personnes occupent ce terrain public qui allait être vendu, le mettant à disposition de toute la communauté locale. Les contacts sont déjà pris en vue d’un prochain voyage.

J’y ai aussi rencontré Giovanni, proche de Mondeggi, et qui fait comme moi du théâtre. Là où ça devient dingue, c’est qu’il connait tous les gens que je connais du théâtre-action belge. Giovanni monte en effet des spectacles avec le collectif Libertalia, une des vingt compagnies belges de théâtre-action reconnues par la Communauté française! Ca alors!

Trivelle

Ce même jour, dimanche 17 avril, avait lieu un référendum en Italie: pour ou contre les gaz de schiste! Si plus de 50% des italiens votaient « si », cela signifiait l’arrêt de l’exploitation de cette énergie hyper polluante. Mais seuls environ 30% des italiens (l’écrasante majorité des votants) ont voté « si ». Ce qui est particulièrement scandaleux, c’est l’attitude du Premier Ministre et d’autres membres de son gouvernement qui ont dit qu’ils ne voteraient pas, déligitimant le référendum. Personnellement, je suis impressionné qu’autant d’italiens soient sortis pour se prononcer, et me dis que les 50% ne sont pas bien loin! Comme disait Eduardo Galeano, « On ne se bat pas pour gagner, mais parce que notre conscience nous le dicte ». 

« El camino » en chiffres: 3 bateaux (800km), 3 trains (500km), beaucoup de stop: 35 voitures et 2 camions (2800km) pour un total d’environ 4100 km, pas mal pour 13 jours de voyage!

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