Des Canaries au Cap vert: Maritéa, la voile passion

L’équipage
Le moins qu’on puisse dire c’est que l’équipage de Maritéa est très pro. Céline est skipper professionnelle. Eric a notamment été commandant du Bélem, et est aujourd’hui capitaine d’un yacht privé monstrueux, appartenant à un cracheur de feu devenu milliardaire, le propriétaire du Cirque du Soleil. Et pour couronner le tout, Frank est cuisinier de longue date dans la marine marchande. Ayant leurs quarts bien en place, je me place en doublure à cheval entre le quart d’Eric (4-8) et celui de Céline (8-12), pour faire du 6-10. Ce qui veut dire pour les non-initiés 4h de quart (de veille) entre 6h et 10h, puis 8h de pause, le cycle se répétant toutes les 12h jusqu’à l’arrivée. Pour compléter l’équipage, les deux moussaillons: Juliette et Damien, tombés dedans dès le plus jeune âge.

Le bateau

Maritéa, à Mindelo au Cap-Vert

L’histoire de Maritea est très jolie, et Eric la raconte sur le site internet du périple. Depuis cinq ans, la famille habite la maison flottante de 17 m de long, et aménagée telle un appart. Si le consumérisme est critiqué à bord, Maritéa possède néanmoins tout le confort, jusqu’à un système à osmose inverse pour désaliniser l’eau de mer. Ma cabine est située à l’avant du bateau (cabine d’appoint).

Ma couchette

La traversée

Jour 38: Un autre départ
C’est faisant face au coucher de soleil que s’entame le voyage, après une dizaine de jours de vie commune à la marina Rubicón à Lanzarote. Une houle désagréable nous secoue un peu, alors que nous faisons face au vent. Celane nous empêche pas de prendre l’apéro de départ. Je remarque alors que jouer de la guitare est un bon remède au mal de mer. Quand nous passons à proximité de Fuerteventura, la mer se fait plus calme, l’île faisant écran.

Jour 39: Dauphins
Ma première nuit est difficile à l’avant du bateau, qui est fort secoué, et je traîne un peu trop à m’habiller au réveil dans ma cabine. Quand je sens mon estomac en difficulté, il est trop tard. A peine le temps d’aller sur le pont et je rends à Neptune une partie des délicieuses pâtes que Frank a cuisinées la veille. Ce sera heureusement mon seul cadeau du voyage au dieu marin. D’ailleurs je mange normalement au déjeuner (donc dîner pour les belges), agrémenté du poisson volant retrouvé mort sur le pont à l’aube. En pleine sieste, je suis réveillé par les cris de joie de mes équipiers: un banc de dauphins nous rend visite. Très nombreux, il nous suivent un long moment.

En plein vol!
En transparence

On sort ensuite les guitares pour un cours, Eric étant un tout bon élève, rivalisant avec mon ancien élève Francesco en terme de vitesse d’apprentissage. Alors que le temps passe à l’orage, on affale tout pour passer au moteur.

Premier cours en mer

Ciel de fin de journée

Jour 40: Toutes voiles dehors
Réveillé par du remue-ménage au-dessus de ma tête, je me lève avant le début de mon quart pour découvrir Maritéa sous des conditions optimales de navigation, avec un vent de travers de 15 noeuds. On parle éducation avec Eric. Je lui dis combien je crois en la méthode pratiquée par Céline, à savoir d’utiliser tout ce que les enfants vivent pendant le voyage pour construire leur savoir. Céline leur permet aussi d’avancer à leur rythme suivant leurs préférences. Ayant suivi pendant quatre ans les cours par correspondance comme le font classiquement les enfants nomades, Céline a changé son fusil d’épaule car cela demandait un travail énorme en donnant l’impression d’être toujours en retard, avec un décalage profond avec la spécificité de ce que vivent les enfants au cours du voyage.

Jour 41: Première coryphène
Après une permière tentative infructueuse, la première dorade coryphène est pêchée. Un belle pièce découpée en filets et concoctée avec tout le savoir-faire de Frank, dont le système de filet avait déjà permis de remonter le poisson qui voulait se faire la malle.

Frank et ses filets

Aidé d’un petit blanc, on en fait d’ailleurs une chanson avec Céline, sous l’air de L’hymne de nos campagnes. Il y a peu de vent et les fichiers GRIB de météo indiquent d’ailleurs pétole (pas de vent) pour demain. Nous naviguons lentement au gênois sur tangon, ce que je découvre, et seulement avec la voile d’artimon (grande voile affalée). En soirée, le vent revient et la nuit se passe sous de bonnes conditions.

Gênois sur tangon

Jour 42: Quand le vent fait plouf, le moteur fait boum
Il est 8h lorsque nous passons au moteur, qui fonctionnera la plupart de la journée. On fait un Monopoly, et on vide les bidons de gasoil de réserve, espérant que le vent revienne vite quand même. Céline me montre un ouvrage sur des méthodes naturelles de traitement, qui va m’occuper un bout de temps. Je vais me coucher alors que la mer est belle, ce qui veut dire calme. Mais elle est belle tout court!

Le plein svp!

Jour 43: Une drôle de prise
Je me sens en pleine forme et continue ma lecture de l’ouvrage médical. Lors de notre quart nocturne, alors qu’on est en pleine discussion avec Céline, la manette des gaz s’abaisse brusquement. Eric, qui se réveille pourtant dès que le régime moteur varie de quelques tours-minutes, ne monte pas sur le pont, supposant que le vent est revenu.  Après un coup d’oeil au moteur, Céline trouve l’intrus à l’arrière: un filet de pêche abandonné qui s’est pris dans l’hélice! Pas question de plonger de nuit. En attendant, le moteur est arrêté. L’allure sera donc de nouveau dictée par le vent.

Moment de détente

Jour 44: Plongée et moteur toute
Réveillé par les crêpes de Céline, je passe une journée à faire la crêpe. Lorsque la mer est calme, Eric plonge pour enlever le filet, qui heureusement n’a pas fait de dégat. Le moteur est ainsi remis en route en début d’après-midi, pour « rattraper le retard ».

Eric part à la pêche au filet
Céline et l'intrus maîtrisé

Jour 45: Terre en vue
Je découvre un bouquin fantastique, le Papalagui, et refais un peu de guitare avec Eric, sachant que la fin est proche. Je lui donne mes derniers conseils. Le soir, Damien nous indique comme si de rien n’était qu’on voit la terre. On ralentit le moteur et on prend l’apéro devant le spectacle du soleil couchant et des premières îles apparues. C’est un repas de fête, la nappe est de sortie, alors que je pense avec mélancolie que notre histoire commune va se terminer. Lors de notre quart nocturne, j’initie Céline au jeu de la ficelle, et part dormir avec sa promesse de me réveiller avant l’arrivée.

Damien, star du jour
Au loin, l'Archipel du Cap-Vert

Jour 46: Senteurs nocturnes
Céline me réveille vers 03h, quand on est en approche de la crique de Mindelo, dans le canal formée par les îles de Sao Vicente et de Santo Antao. Un air chaud, humide et poussiéreux chatouille nos narines. Cette odeur est remplacée un peu plus tard par des relents nauséabonds à l’entrée du port. On mouille près d’une goélette trois-mâts (et non un trois-mâts, comme me l’explique presque religieusement Eric) au pavillon hollandais. Au réveil, le paysage est magnifique. Je suis heureux d’être de retour en Afrique, même si ce n’est qu’un petit transit, le temps de trouver un bateau pour traverser l’Océan.

Au réveil, du mouillage

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